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Évangile selon saint Marc



Introduction

Classé au titre des monuments historiques par l'arrêté en date du 11 janvier 1982, l'Évangile selon saint Marc du chapitre Saint-Goëry, est remarquable par la richesse des matériaux qui le composent : parchemin pourpré écrit en lettres d'or et d'argent, ivoire gothique, métal argenté et doré. Manuscrit d'apparat, l'Évangile selon saint Marc était également un réceptacle pour des reliques qui étaient conservées dans les quatre godets supportant les symboles des évangélistes.

Ce manuscrit a connu de nombreuses modifications au cours des siècles. Les feuillets de vélin pourpré datant du IXe siècle ont été protégés au cours du XIVe ou XVe siècle par une reliure précieuse dont le plat supérieur porte un volet de diptyque de la second quart du XIVe siècle. Deux miniatures datant du XVème siècle sont venues s'insérer au début de l'ouvrage.

Improprement dénommé Évangéliaire pourpre, le volume contient en fait l'Évangile de saint Marc.

Cote

Ancienne cote : 265

Cote CGM : 201

Cote bmi : MS 265 P/R

Date de création

Évangile de saint Marc : IXe siècle

Reliure : XIVe siècle - XVIIIe siècle

Miniature : XVe siècle

Support original

Manuscrit

Titre

[Evangile selon saint Marc]
Evangelium secundum Marcum.-Incipit : Marcus, evangelista Domini, et Petri in baptismate filius-Desinit : Sequentibus signis. Explicit Evangelium secundum Marcum ; habet versus M. DCC

Auteur

Maître de Saint-Goëry pour les miniatures

Origine et datation

Destinataire : Chapitre d'Epinal (armes de sable à une croix d'argent, accostée en chef du soleil et de la lune et une miniature représentant saint Goëry, [f.4 ])

Possesseurs : Chapitre d'Epinal ; Famille de Ludres

Le marquis Joseph de Ludres le donne à la bibliothèque d'Epinal en 1841 :
« Le conseil municipal nomma M. Lemarquis et moi pour aller recevoir ces papiers. Nous signâmes pour la ville l'engagement de ne jamais les aliéner. Ce dépôt consistait en une caisse contenant, parmi de nombreux papiers sans intérêt, papiers terriers, registres de dépenses, etc., Le beau manuscrit en lettres d'or sur parchemin de couleur, dont la reliure est ornée d'un dyptique [sic] en ivoire, contenant l'Evangile Saint-Marc. » Source : Compte rendu de la Société d'Emulation des Vosges, rédigé par M. Briguel, secrétaire adjoint, 1841, p. 268-269.

Description matérielle

Corps d'ouvrage : 31 f. 7 cahiers irréguliers. Parchemin pourpre avec marges blanches. 300 x 230 mm. Des feuillets manquent entre les folios 22 et 23. Un bifeuillet a été remonté afin de signaler le manque.

Reliure d'orfèvrerie : cuir de chèvre sur ais de bois. 324 x 240 mm.

Plat supérieur :

Au centre une plaque d'ivoire d'éléphant représente la Vierge portant l'enfant Jésus, couronnée par des anges. Elle est encadrée par saint Jean-Baptiste et sainte Catherine d'Alexandrie sous trois arcades en ogive. La plaque d'ivoire est un feuillet de diptyque comme en témoignent les deux cavités qui servaient à loger les charnières. Aucune trace de polychromie n'a été décelée. La plaque avait un pendant, probablement une crucifixion. Elle date vraisemblablement de la seconde moitié du XIVème siècle et proviendrait de Paris.

L'ivoire est enchâssé dans un cadre en vermeil avec cabochons en cristal de roche et en ambre et quatre reliquaires fermés des symboles des évangélistes (il manque le bœuf de Saint-Luc). Des éléments de décoration sont manquants comme le montrent les trous de fixation dans les feuillages entourant la plaque d'ivoire et les cabochons. Les fermoirs sont manquants ; il reste les attaches. L'encadrement le plus proche de l'ivoire est formé de plaques recouvertes alternativement de palmettes argentées sur un support doré et de plaques qui étaient primitivement recouvertes d'un émail translucide vert avec des incrustations en argent de fleur et d'étoiles ; il reste un élément près du cabochon portant l'Ange. Le second encadrement montre des rinceaux dorés reliés à des fils torsadés en argent doré sur un fond argenté. Les cabochons étaient également recouverts d'émail translucide comme le montrent les hachures destinées à recevoir l'émail.

Plat inférieur : Reliure de chèvre brune sur ais de bois à décor estampé à froid avec des fermoirs d'argent. Des reprises ont été faites à une époque plus tardive avec des fers de petites fleurs et étoiles.

Dos : pas de nerfs apparents. Décor estampé à froid de petites fleurs.

Gardes :

Gardes de début : Contre-plat portant la mention manuscrite « volume de 31 feuillets », cachet : « bibliothèque d'Epinal ». Etiquette ancienne : « Chefs-d'œuvre de l'art français 1937 ». Des déchirures anciennes recousues. Garde volante portant la mention manuscrite « AR2 201 f°1 », l'étiquette rouge portant la cote 265 et le cachet bibliothèque d'Epinal. Seconde garde volante avec mention manuscrite « Ms 201 » au verso.

Garde de fin : La contre-garde, laissée libre, est un parchemin de réemploi avec un texte datant du XIIIème siècle. Deux gardes de parchemin sans mention (numérotés fol. 30 et 31)

Mise en page

27 feuillets de parchemin (300 mm x 230 mm) comportant en leur centre un rectangle de pourpre (195 x 145 mm) encadré de 2 mm d'or. Ecriture à longue ligne à l'encre d'or sur 27 lignes réglées à la pointe sèche et justifiées (180 x 125 mm). Les concordances des quatre évangiles sont en argent, noirci par l'oxydation, ainsi que les initiales de chacun d'eux. Les premiers mots de l'Evangile sont en capitale, mélangée d'onciale. Deux majuscules initiales, aux mots Marcus ([f.5 ]) et Initium ([f.6v ]), sont à enlacements. L'écriture est une minuscule caroline d'or et d'argent. L'argent présente une oxydation importante. L'écriture date du IXème siècle. Le [f.27 ] est un ajout postérieur ; il présente une écriture vraisemblablement du XIIIe siècle, qui s'est mal conservée. Le texte est incomplet, en effet, le [f.28r ] porte au verso un incipit en majuscule, début d'un autre évangile.

Miniatures

Deux feuillets hors texte plus petits que les autres et situés au début du volume, probablement ajoutés au XVe siècle, portent deux miniatures pleine page entourées d'une arabesque de feuillages en couleur et rehaussées d'or :

[f.3v ]: Saint Marc écrivant, le lion lui présente un encrier. Au pied du saint se trouve un chanoine à genoux, vêtu de bleu, l'aumusse sur le bras, semblant l'implorer.
[f.4r ]: Saint Goëry, patron du Chapitre d'Epinal, nimbé d'or, recevant la mitre d'un ange et entouré de ses deux filles, sainte Victorine et sainte Précie ; un personnage, vêtu de bleu, avec l'aumusse, l'implore également.

L'écu écartelé de France et d'Epinal qui figure au coin inférieur droit du portrait de Saint-Goëry permet de dater les peintures entre 1444 et 1466, courte période pendant laquelle les spinaliens sont sous la protection du roi de France.

D'après François Avril, ces enluminures peuvent être rapprochées d'un certain nombre de peintures de livres d'heures conservées notamment à la Médiathèque de Metz et datant du second quart du XVème siècle, notamment les Heures Baudoche. Le peintre est appelé, à partir des feuillets d'Epinal, Maître de Saint-Goëry.

Lien vers le manuscrit enluminé rassemblant un psautier daté du milieu du XIVe siècle suivi d'un livre d'heures réalisé pour l'échevin messin Jean de Vy appartenant à la bm de Metz (ms 1598)
http://bm.mairie-metz.fr/sitebm/commun/patrimoine/galerie%20Vy/index-heures.html

Manuscrit ms 1581 bm de Metz :
http://bm.mairie-metz.fr/clientbookline/Mediatheque/oeb/ms1581/index.htm

Selon François Avril, l'ensemble des peintures du calendrier du manuscrit 1581 ainsi que celles de saint Georges, f. 2v et la sainte Barbe f. 231v. peuvent être attribuées au maître de Saint-Goëry.

Reliquaire

Le manuscrit est également un reliquaire. Les godets, ouverts en 1844 (registre historique de la Ville d'Epinal) contenaient des reliques de différents saints ainsi qu'un agneau en cire consacré à Rome, et des fragments de cartes à jouer empêchant les reliques de bouger dans les godets.

Restaurations

Dans la notice établie en 1861 pour le Catalogue Général des Manuscrits, l'Évangile selon saint Marc est déjà signalé comme étant en mauvais état.

En 1937, le manuscrit avait été restauré à la Bibliothèque nationale de France, en vue de sa présentation lors de l'exposition universelle « Chefs-d'œuvre de l'art français » qui s'était tenue au Palais national des arts.

Ces restaurations avaient concerné :

  • le comblement des lacunes du cuir ancien par un cuir de basane (mouton) effectué sur le plat inférieur et le dos,
  • le doublement à l'aide de mousseline de soie d'un certain nombre d'encadrements de feuillets,
  • des incrustations de parchemin parfois recouvertes de mousseline de soie,
  • le doublement des feuillets comportant les miniatures par du parchemin.

En 2011, l'Évangile selon saint Marc a fait l'objet d'une campagne de restauration et d'étude. Les restaurations ont été faites par :

l'atelier de restauration de la BnF, site Richelieu, 2011, restauration effectuée par Mme Josiane Drakidès, et sous la direction de M. Jacques Sicre.

  • La restauration a principalement concerné :

    • le retrait des anciennes restaurations en parchemin et en partie celui des anciennes doublures de mousseline de soie situées dans les marges,
    • la recherche d'une teinture pour du parchemin d'apport, d'une épaisseur en rapport avec les feuillets, et la restauration de certains feuillets à l'aide de ce parchemin,
    • l'insertion d'un bifeuillet afin de signaler le manque dans le texte (étude faite par Mme Marie-Pierre Laffitte, Département des manuscrits, BnF),
    • la restauration de l'âme de la couture à l'aide de fils et ficelles en pur lin et la reprise d'une couture sur 5 nerfs reprenant les passes d'origine,
    • les contre-gardes ont été laissées libres afin de laisser voir notamment la décharge d'une contre-garde ancienne sur le plat inférieur,
    • la pose de pièces de cuir de chèvre en tête, en queue et sur la coupe et le coin de l'ais inférieur en remplacement du cuir de mouton.
  • Mme Marie-Emmanuelle Meyohas pour l'ivoire :

    • étude de l'ivoire et des techniques mises en œuvre pour la fabrication,
    • analyse de l'état de conservation et nettoyage léger.
  • Mme Marie-Anne Loeper-Attia pour le métal :

    • nettoyage des parties métalliques pour rendre visibles les plaques argentées et dorées (élimination de la corrosion et des restes de produit de nettoyage),
    • consolidation des parties fissurées et tordues des plaques,
    • protection généralisée de la surface,
    • étude des matériaux et des techniques mises en œuvre pour la fabrication.

La restauration a été financée à l'aide du Fonds Régional de Restauration et d'Acquisition des Bibliothèques à hauteur de 9 736 €

Expositions temporaires

Exposition universelle, 1899-1900, sans numéro.
Exposition universelle « Chefs d'œuvre de l'art français 1937 », n°1261.
La plume et le parchemin, Nancy, Musée lorrain (29 mai - 29 juillet 1984), n°32.
Trésors des bibliothèques de Lorraine, 1998, n°4.

Bibliographie sélective

Signalement dans les catalogues

Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. III, Paris : Imprimerie Nationale, 1861, p. 469-470.
Chefs d'œuvres de l'art français, Paris, 1937, Palais national des arts, in-8, p. 572, n°1261.
Ecriture et enluminure en Lorraine au Moyen-Age. Catalogue de l'exposition La plume et le parchemin…, p. 62, et pl. I.
Trésors des bibliothèques de Lorraine, n°4, p. 122-123. (cote bmi : 027.4 TRE P/U)

Etudes générales

Compte rendu de la Société d'Emulation des Vosges, rédigé par M. Briguel, secrétaire adjoint, 1841, p. 268-269. (Disponible sur Gallica)
BOUILHET abbé, « La Lorraine au Petit-Palais », in Notes d'Art et d'Archéologie, 1901.
DEBLAYE (J.-F.), "L'Evangéliaire de l'ancienne abbaye des chanoinesses d'Epinal", in Annales du monde religieux, 1880, p. 193-197, ou Nancy, Veuve Raybois, sans date.
SAVE (G.), « Reliure du XIVe de la bibliothèque d'Epinal », in Lorraine artiste, 1891, p. 223-224.
SAVE (G.), « Saint Goery et les chanoinesses d'Epinal, miniature de 1370 (manuscrit de la bibliothèque d'Epinal) », in Lorraine artiste, 1891, p. 316-318 et 353 (pl.).
HUMBERT (L.), « Etude historique sur le diocèse de Saint-Dié, l'évangéliaire d'Epinal », in Semaine religieuse de Saint-Dié, 1891, p. 729-732, 744-747.
PHILIPPE (A.), Copie du procès-verbal de l'ouverture des quatre reliquaires placés aux angles de la couverture d'un diptyque provenant de l'insigne chapitre d'Epinal, et notes diverses, AD Vosges, 3 J(20).
LECLERCQ (J.), CABROL (F.), Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, Letouzey, 1922, t. 1, p. 791, n° 39.
POULL (G.), « Nicole de Dompmartin, abbesse », in Bulletin de G. S. P. V., 1956 (15 avril), n° 20-21.
POULL (G.), Les familles nobles de Lorraine, ancienne chevalerie, Dompmartin 1150-1630, Rupt-sur-Moselle : l'Auteur, 1961, p. 14.

Etudes sur la plaque d'ivoire

KOECHLIN (R.), "Essai de classement chronologique d'après la forme du manteau des Vierges du XIVe siècle portant l'Enfant", in Actes du congrès d'histoire de l'art, 1924, p. 490-496.
KOECHLIN (R.), Les ivoires gothiques français, 1924, Paris : éditions Auguste Picard, 3 vol, p. 199, n°587, pl. CI. (Disponible sur Galiica : Tome 1 et Tome 2)
KOECHLIN (R.), « Quelques ivoires gothiques français connus antérieurement au XIXème siècle, in Revue d'Art Chrétien, 1911.
SENECHAL (P), BARBILLON (C) (sous la dir.), "Koechlin, Raymond" in Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Paris, site web de l’INHA, 2009 (Disponible sur le site web de l'INHA)
Pour des parallèles :
GABORIT-CHOPIN D., Ivoires du Moyen Age occidental, Fribourg, 1978.
GABORIT-CHOPIN D., Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Catalogue, Ivoires médiévaux. Ve - XVe siècle, 2003, Paris, Réunion des Musées Nationaux.
Ivoires. De l'Orient ancien aux Temps modernes. Catalogue de l'exposition du musée du Louvre, Paris, 2004.
Base de données en ligne d'ivoires gothiques et néogothiques :
http://gothicivories.courtauld.ac.uk/

Etudes sur les miniatures

WAGNER (P.-E.), « Maître Henri d'Orquevaulz et le Maître de Saint Goery », in Enlumineurs messins du XVe siècle, les carnets de Medamothi, Revue du patrimoine des Bibliothèques-Médiathèques de Metz, 2007, p. 12-22 (cote bmi : 745.67 ENL P)

Etudes générales sur le parchemin pourpré

EVENO (M.), DELIT (J.), NOWIK (W.), « La bible de Théodulfe (Ixe siècle) de la cathédrale du Puy-en-Velay. Identification du colorant des feuillets pourprés et restauration du volume », in Support/Tracé, n° 3, 2003, p. 16-24.
GUINEAU (B.), « Le folium des enlumineurs, une couleur aujourd'hui disparue. Ce que nous rapportent les textes sur l'origine et la fabrication de cette couleur, son procédé d'emmagasinage sur un morceau d'étoffe et son emploi dans l'enluminure médiévale. Identification de folium dans des peintures du IXe s., du Xe s. et du début du XIe s. », in Archéologie médiévale, tome XXVI, p. 23-44.
ROGER (P.), "Etude des couleurs et de la pratique picturale", in Art de l'enluminure, mars-avril-mai 2007, n°20, p. 46-61.
ROGER (P.), "Etude technique sur les décors de manuscrits carolingiens", in Les manuscrits carolingiens : Actes du colloque de Paris, Bibliothèque nationale de France, le 4 mai 2007 /directeurs de publication, Marie-Pierre Lafitte et jean-Pierre Caillet. - Turnhout : Brepols, 2009., p203-216. (cote bmi : 090 MAN P)

Source de la notice

Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. III, Paris : Imprimerie Nationale, 1861, p. 469-470.
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